Feuilletons retrouvés

Le Roi des faussaires - Episode 9

Le 06/05/2015

Paru dans Le Petit Cettois, le jeudi 4 juillet 1878

On en resta là. Mais Giraud ne fut pas encore sérieusement inquiété et il y avait sept ans passés que la circulation des billets faux avait commencé. Gàtebourse — car Giraud avait fait du nom de son hameau un titre de noblesse, assez original à la vérité — Gàtebourse à la suite de cette visite, témoigna une certaine froideur à M. Tenaille et s’éloigna de lui. Supposait-il que le commissaire l’avait desservi auprès de M. Marsaud ? Qui sait? Toujours est-il que les relations furent rompues pendant quelques temps à la grande joie de M. Tenaille. Mais le nouveau chef de la sûreté, M. Claude, avait recueilli sur le compte de Giraud une foule de renseignements très curieux. Il attendit que Gàtebourse revint à Paris, et le fit surveiller. Dans un dernier voyage, en 1861, un an après la fameuse présentation, Giraud y resta plusieurs mois, pendant lesquels il s’aperçut qu’on le suivait, qu’on l’épiait. Inquiet alors, il se rapprocha de M. Tenaille, qui était redevenu commissaire de police à Paris et dont la fréquentation devait lui donner un appui moral très considérable aux yeux des agents qui le filaient. On juge si ce retour de Giraud fut désagréable à l’honorable magistrat. Il ne pouvait plus dire à Giraud :

— Je suis convaincu que vous êtes un faussaire, et je vous prie de ne plus mettre les pieds chez moi. Et cependant il aurait ardemment désiré d’être délivré des visites de cet homme qu’il croyait criminel sans pouvoir l’affirmer. Ce fut Giraud, jusqu’alors si prudent, si habile, qui se perdit.

 MALADRESSE, ARRESTATION, PREUVES

Un jour qu’il était sans doute plus traqué que d’ordinaire par les agents de M. Claude, il vint trouver M. Tenaille et lui dit :

— Il m’est arrivé hier quelque chose d’assez extraordinaire.

— Quoi donc ? demanda le commissaire de police sur un ton assez raide.

— J’ai donné, pour payer un objet que j’achetais dans un magasin, un billet de cent francs ; on me l’a refusé.

—C’est qu’il était faux sans doute, dit M. Tenaille.

— Non, puisque je suis allé aussitôt à la Banque, où il a été payé sans observation. Donc, il était bon. — C’est possible. Mais s’il avait été mauvais, que m’aurait-on fait ?

—Tout le monde, répondit M. Tenaille, peut se trouver en possession d’un billet faux. Il suffit d’établir notoirement son honorabilité pour qu’on ne vous inquiète pas.

 —Oui, pour un billet, je le comprends; mais si j’en avais eu plusieurs, demanda Giraud.

— Comment voulez-vous, s’écria M. Tenaille impatienté, qu’un honnête homme ait sur lui un certain nombre de billets faux ?

— Oh ! C’est bien facile. Tenez, moi, par exemple, je suis allé aux bains de mer de Royan. Eh bien ! J’ai rencontré là un Espagnol qui m’a prié de lui changer trois liasses de dix billets de cent francs contre de l’or. Si les billets de cet Espagnol avaient été faux, on m’aurait donc arrêté.

(A suivre…)

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