Feuilletons retrouvés

Le Roi des faussaires - Episode 7

Le 22/04/2015

Paru dans Le Petit Cettois, le lundi 1er juillet 1878

Giraud et son hôte avaient marché côte à côte pendant quelques instants, lorsque tout à coup le chemin se resserra et devint sentier, sentier abrupt, en pente assez raide qu’il fallait descendre avec précaution. A droite et à gauche, des taillis extrêmement touffus.

— Après vous, dit Giraud à M. Tenaille lorsqu’ils arrivèrent à la tête du sentier.

— Non, répondit le commissaire de police , montrez-moi le chemin.

— Je vous en prie, insista Giraud, la route est plus facile que vous ne croyez, passez.  M. Tenaille se dit qu’une plus longue résistance de sa part éveillerait chez M. Giraud des idées qu’il n’avait peut-être pas et se décida à marcher devant. Il s’attendait à tout, même à recevoir un coup de fusil dans le dos, et franchement cette perspective manquait de charme. Le magistrat, soutenu par le sentiment du devoir professionnel, savait que sa vie était dans les mains de cet homme qui marchait derrière lui, mais il ne laissa rien paraître de son inquiétude et continua gaiement la conversation. Tout à coup Giraud se rapprocha de lui et dit à demi-voix :

— Savez-vous que vous faites parfois de bien cruelles plaisanteries.

 C’était le moment psychologique.

— Quelles plaisanteries ? demanda M. Tenaille d’un air étonné.

— Ne m’avez-vous pas dit que je faisais de la fausse monnaie ?

— Ah ! Pardieu! s’écria M. Tenaille en riant, il faudrait que vous fussiez bien ridiculement susceptible pour vous fâcher d’une telle vétille. Mais c’est une chose que j’ai dite cent fois en plaisantant à la plupart des gens riches que je connais.

 Giraud ne répondit rien. Il se contenta de l’explication et remit son fusil sous son bras.

 VIII DE L’AUDACE ! DE L’AUDACE!

Revenu à Paris, M. Tenaille, qui avait tout observé avec soin chez Giraud, ne tarda pas à acquérir la conviction que son ami était le faussaire tant cherché. A Gâte-bourse, il s’était aperçu que notre homme s’était lié avec toutes les autorités du pays, mais principalement avec le brigadier de gendarmerie, cela le frappa. Puis il ne tarda pas à s’apercevoir que si Giraud était devenu son ami, c’était probablement pour se placer sous une espèce d’égide en cas de soupçon. Il rassembla ses souvenirs, se rappela les allures mystérieuses du bonhomme, cet atelier de la rue Bleue dans lequel personne ne pénétrait, les nombreux achats auxquels se livrait Giraud lorsqu’il était à Paris. M. Tenaille se souvint encore qu’il avait pris bien souvent Giraud en flagrant dé lit de mensonge. Il vit clair dans les habiles manœuvres à l’aide desquelles le faussaire s’était si adroitement rapproché de lui, et il en conçut une vive colère contre l’audacieux.

(A suivre…)

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