Feuilletons retrouvés

Le Roi des faussaires - Episode 5

Le 08/04/2015

Paru dans Le Petit Cettois, le samedi 29 juin 1878

Les paysans expliquaient ce crime en attribuant à Giraud un sentiment d’avidité assez commun dans les campagnes. Le beau-frère aurait donc empoisonné son ‘beau-frère pour rester seul maître de l’héritage. C’est bien plus probable, si le crime a été réellement commis, que ce beau-frère avait surpris le secret de Giraud, et que celui-ci ne redoutant rien tant qu’un complice, devait encore bien moins tolérer à son côté quelqu’un dont le silence n’était peut-être pas à vendre. Jamais personne, néanmoins, ne lui demanda sérieusement compte de la mort du jeune homme pas plus qu’on ne lui avait demandé compte de la disparition de celle qu’il appelait sa maîtresse.

  VI EXCÈS DE CONFIANCE

Ainsi la police venait de passer à son côté sans le soupçonner. Il se crut sans doute à l’abri désormais de toute poursuite et il n’hésita plus à commettre les imprudences dont il s’était si sagement gardé jusque-là. Tout à coup on le vit afficher un certain train de maison. II acheta des chevaux, il en eut six dans ses écuries. Il entretint jusqu’à onze domestiques et c’était chaque jour de nombreuses parties, des chasses à courre, car il avait aussi une meute. Tous les habitants de Gâte-bourse, en voyant ce luxe, se demandaient où Giraud prenait tout l’argent nécessaire à ce genre de vies. Ils savaient bien que les revenus de sa propriété ne devaient être qu’un appoint pour de telles dépenses. On disait alors qu’il était de la police, et quand ces propos venaient à oreille de Giraud, il se contentait de sourire, mais il ne disait jamais non. D’autres qui croyaient plaisanter, affirmaient ouvertement qu’il faisait de la fausse monnaie. Mais cela ne troublait pas davantage la sérénité du sire de Gâte-bourse. Seulement, lorsqu’on tenait devant lui ce dernier propos, il ne souriait plus. Entre temps, Giraud venait toujours à Paris, mais il y venait toujours sans sa femme, et il y reprenait ses anciens exploits de viveur émérite. Du reste, rien, pendant ses nombreux séjours à Paris, ne pouvait le faire soupçonner. Il vivait au grand jour. Une seule chose aurait pu attirer l’attention sur lui, c’est qu’il paraissait possédé de la manie des bibelots de peu de valeur. Il ne pouvait pas voir à l’étalage d’un marchand un briquet plus ou moins ingénieux, un manche de fouet, un sifflet, n’importe quoi, sans entrer pour le marchander et si le prix ne dépassait pas ne dizaine de francs, il achetait et payait avec un billet de banque de cent francs dont on lui rendait la monnaie. Mais il était rare cependant qu’il changeât plus d’un billet par jour. Ce fut à cette époque que parurent aussi un certain nombre de billets de deux cents francs également faux mais non moins bien imités, la Banque, pour couper court à cette deuxième manière du faussaire , décida la suppression des billets de deux cents francs, qui du reste étaient fort laids, et ne servaient pas à grand chose. Giraud fit comme la Banque, il cessa de fabriquer des billets de deux cents franc et se contenta d’en émettre un plus grand nombre de cent francs.

(A suivre…)

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