Feuilletons retrouvés

Amour et patrie - Épisode 6

Le 31/12/2014

paru dans Le Furet Nîmois, le dimanche 29 juin 1879

IV. — Nostalgie.

« MON CHER FRÈRE,
J’ai une bien mauvaise nouvelle à t’apprendre. Notre oncle, en ce moment dangereusement malade, réclame instamment ta présence. Pars donc après la réception de cette lettre et reviens nous bientôt dans ta bonne ville de Nîmes où une douleur, plus terrible, hélas ! t’attend encore. Je n’ose continuer, mon pauvre frère chéri, car je connais ton cœur sensible et je crains qu’il se brise sous le poids d’un récit si horrible. Delphine, ta pauvre Delphine ! hélas ! qui l’aurait cru. Entraînée par des compagnes dont l’instinct pervers les pousse sur la pente du vice, elle s’était liée dans ces derniers temps avec ce Delman que tu connais et… mais je n’ose continuer ma plume me brûle les doigts et je préfère t’envoyer le journal qui contient le dénouement de cette triste affaire…
Adieu, mon cher frère, je pleure à la pensée du chagrin que tu vas ressentir et t’embrasse tendrement.
Ta sœur dévouée : Mathilde FRANCIS ».

Le journal racontait l’épisode navrant d’un suicide de jeune fille qui, séduite, abandonnée folle de douleur et de désespoir, croit cacher son déshonneur dans le sein de la mort. C’était Delphine.
Certes l’histoire d’une séduction, l’abandon d’une jeune fille qu’on laisse en proie à la honte et au désespoir, nous ont toujours attristé. On pourrait se demander si ce sont plutôt les signes caractéristiques de la faiblesse de la femme que de la dépravation de l’homme. Combien en a-ton vu de ces pauvres filles tombées qu’un généreux pardon a arraché de la mort, a détourné de la voie du mal où une première faute semblait les porter. Nous approuvons la rémission de sa faute à la femme repentante et c’est alors que nous aimons à relire cette pièce superbe de notre grand poète :
-Oh ! n’insultez jamais une femme qui tombe ;
Qui sait sous quel fardeau la pauvre âme succombe?

 Nous ignorons si ces pensées assaillirent Francis pendant cette nuit horrible qu’il passa face à face avec l’immensité de sa douleur. L’aurore le trouva à la même place, accoudé sur sa petite table et les yeux brûlés par les larmes fixés sur la lettre ouverte devant lui.

Partagez cet article :
Retour Liseuse
Bibliothèque Nationale de FranceDRAC Languedoc-RoussillonLa Région Languedoc Roussillon1077228_mmmLanguedoc-Roussillon livre et lecture
Découvrez votre territoire sous un jour nouveau : que s'est il passé près de chez vous il y a 150 ans ?
Disponible sur Google Play
Disponible sur App Store
Et plus encore
Lire les feuilletons d'aujourd'hui