Feuilletons retrouvés

Amour et patrie - Épisode 1

Le 26/11/2014

Paru dans Le Furet Nîmois, en 1879

I. — Le Lundi de Pâques à Nîmes

Ce fut un beau jour que le lundi de Pâques de l’année 1870. Il avait apparu comme dans une apothéose de scintillement d’étoiles, de lueurs roses dont l’aurore empourpre l’horizon et des rayons dorés que le soleil levant versait à longs flots sur la cité nîmoise. La nature, comme une bonne vieille marquise, un jour de réception, avait mis ses habits de gala, poudré à blanc les amandiers de ses garrigues, tendu sur le chemin ses larges tapis de verdure, balayé quelques blancs nuages qui ternissaient son ciel limpide, et calme et souriante, elle attendait. Car le lundi de Pâques, c’est une tradition pour les habitants de Nîmes de se répandre dans les campagnes et d’aller par joyeuses bandes festoyer dans les mazets qui miroitent dans les massifs de thym ou de chênes-nains.
D’aucuns même prennent place à cette table commune où la nature a jeté sa nappe verte ; et ces groupes, ces bruits de fête, tout ce tumulte échappé de ce pêle-mêle de chants, de danses, de farandoles, sous ce beau ciel du Midi dont l’azur semble toujours sourire, forment un tableau de Greuze , une idylle de Théocrite , une ode d’Horace où rien ne manque, pas même le donec gralus, cette poésie immortelle qu’effeuillent strophe par strophe les groupes mystérieux disséminés derrière les oliviers verts ou les ronces poudreuses.

Le soir de ce beau jour, comme le crépuscule descendait dans la ville, que la nuit s’emplissait de cris joyeux, un jeune homme suivait à petits pas le chemin, qui sous le nom de boulevard extérieur, passe devant Saint-Baudile et vient aboutir au Mont-Duplan. L’air pensif et préoccupé, il marchait avec l’allure distraite et mélancolique d’Olimpio secouant ses souvenirs sur tous les lieux qu’il avait aimés.

L’on comprendra difficilement qu’un jeune homme dont les dix-huit ans ne respirent qu’ardeur et plaisir, ne se soit pas réuni à ses compagnons pour fêter avec eux cette kermesse nîmoise où brillent tant de beaux yeux bleus ou noirs, où abondent tant de fraîches Marguerites qui vous fascinent, qui vous coudoient, que l’on invite en disant comme Faust :
Ne permettrez-vous pas, ma belle demoiselle,
Qu’on vous offre le bras pour faire le chemin ?

Si le lecteur veut avec nous lever un coin du voile du passé, il ne tardera pas à connaître les causes de cette indifférence, qui n’était pas inhérente à la nature vive et fougueuse de notre héros, mais bien le résultat d’une de ces grandes afflictions qui débordent de l’âme et vous brisent le cœur.

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